Paquinou ! Quand les servantes se font la malle.

Paquinou ! Quand  les servantes se font la malle.

Paquinou en pays Baoulé c’est pour ce Dimanche 4 avril 2021. Cette année comme les années précédentes, les aide-ménagères originaires du pays Baoulé ne comptent pas se faire compter l’événement

Paquinou en pays Baoulé c’est pour ce Dimanche 4 avril 2021. Cette année comme les années précédentes, les aide-ménagères originaires du pays Baoulé ne comptent pas se faire compter l’événement. Et ce au grand dam des leurs employeurs. Ces aide-ménagères baoulé  sont considérées comme de véritables cordons bleus en raison de leurs talents culinaires. Toutefois les démissions et autres abandons de postes de leur part se comptent par centaines à quelques jours de Paquinou.

Paquinou et les servantes c’est une longue histoire d’amour. Les ménages qui emploient les filles Baoulé en savent quelque chose. Et les servantes ne manquent pas d’imagination quand il s’agit de trouver des justificatifs pouvant expliquer leurs voyages. « Ma tante vient de m’appeler pour m’annoncer le décès de mon père ».  Tel est l’explication qu’a recu K .Florence de la part de sa nounou. C’était pour justifier son voyage une semaine avant la fête de Pâques. G. Estelle raconte que l’an dernier à l’approche de Paquinou sa servante lui a fait un semblant de coup. Sa nounou affirmait à cette époque « Ma grande mère est gravement malade. Je dois lui rendre visite». Mille et une raisons et prétextes sont évoqués pour justifier ces voyages à l’improviste. O. Myriam n’a cependant pas eu cette chance. De retour du travail elle a constaté que sa servante avait filé à l’anglaise.

Les départs à l’improviste des servantes pour Paquinou causent de nombreux désagréments aux ménages. O Myriam explique qu’elle ne savait à qui confier ses enfants en allant au travail. Heureusement sa voisine s’est proposée de les garder le temps pour elle de trouver une autre nounou. K. Florence dit avoir été obligée de descendre plus tôt du travail afin de faire à manger à sa famille et s’acquitter des tâches ménagères. G Estelle a quant à elle choisi d’appeler sa belle-mère à la rescousse pour l’aider à prendre soin des siens. Pour certaines dames qui  gardent des traumatismes de cette  » trahison » plus question d’embaucher des servantes Baoulé.

Paquinou, ce n’est pas que pour le peuple Baoulé

Interrogées, les servantes expliquent les raisons de leur attachement à Paquinou. Brou Rosalie, la vingtaine bien entamée, nous raconte que Paquinou est une occasion de retrouvailles à ne pas rater. «Je suis venue à Abidjan me chercher. Mon père et mes frères sont en basse côte où ils s’adonnent à la culture du café et du cacao. La période de Paquinou est le moment que nous avons choisi pour nous retrouver au village ». Même son de cloche chez Ahou Marie qui n’écarte pas la thèse des retrouvailles familiales. Cette période est principalement pour elle l’occasion de retrouver son fils qu’elle a confié à sa mère avant de se rendre à Abidjan. Mais  aussi de retrouver son amoureux avec qui elle envisage de se marier une fois certaines conditions financières réunies. Pour Tina, Paquinou ce n’est pas seulement l’occasion de réjouissance. Elle profite de cette période pour gagner de l’argent. «Grâce au ramassage et à la vente des noix d’anacarde. Je me fais beaucoup plus d’argent qu’en travaillant comme servante. Ce n’est qu’après cette période que je vais travailler à Abidjan pour récolter des ressources additionnelles».

 Le moins que l’on puisse dire c’est que les servantes friandes de Paquinou n’envisagent pas faire carrière dans cette activité. Le travail de servante et de personnel de maison est juste un tremplin pouvant leur permettre de financer un projet. En ce qui concerne les personnes ayant choisi de faire carrière comme employé de maison, il n’est pas question de faire Paquinou. « J’ai un salaire très largement au-dessus du SMIC. Je suis déclarée à la CNPS. J’ai droit à un mois de congé que je prends durant les vacances scolaires. Paquinou je ne connais pas » s’est exprimée K. Madeleine qui totalise une dizaine d’années comme employée de maison.

Si le phénomène de défection des servantes Baoulé durant la période de Pâques n’est pas nouveau, il se trouve par contre que des servantes d’autres origines se sont laissées entraîner par la frénésie de cette fête. Les servantes Abrons et Koulango rentrent progressivement dans la danse au grand désarroi de leurs employeurs. A ce stade, il est peut-être temps de repenser notre mode de vie afin d’être moins dépendants des servantes et autres personnels de maison. Une professionnalisation de cette branche d’activité s’impose également afin de faire endosser à toutes les parties en présence les droits et devoirs liés à l’exécution d’un contrat de travail.

Belinda A (stagiaire)

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