Samedi 10 octobre 2026
S'abonner
Le Rapporteur
L'info qui parle votre langue

Charbon de bois en Haïti : ce qu’il coûte vraiment aux forêts

Un million de tonnes brûlées chaque année, 8 ménages urbains sur 10 qui cuisinent au charbon… mais le chiffre de « 2 % de forêts » est un mythe. Ce que disent vraiment les études.

  1. Un million de tonnes par anHaïti consomme environ 946 000 tonnes de charbon de bois chaque année, selon la Banque mondiale.
  2. Le mythe des « 2 % »Environ 30 % du territoire est couvert d’arbres ; la forêt primaire, elle, fait moins de 1 %.
  3. Une filière économique majeureLe charbon est la deuxième filière agricole du pays, après la mangue.

Un combustible au cœur de la vie quotidienne

En Haïti, le charbon de bois reste le principal combustible de cuisine. En effet, une étude de la Banque mondiale, réalisée entre 2016 et 2018 en comptant les camions sur les routes du pays, estime la consommation nationale à environ 946 500 tonnes par an, dont 433 000 tonnes pour la seule région métropolitaine de Port-au-Prince. Près de 8 ménages urbains sur 10 cuisinent principalement au charbon.

Contrairement à une idée répandue, la quasi-totalité de ce charbon est produite en Haïti : seulement 2,28 % proviendrait de la République dominicaine, selon la même étude.

« 2 % de forêts » : un chiffre sans source

On lit souvent qu’il ne resterait que 2 % de forêts en Haïti. L’anthropologue Andrew Tarter a montré que ce chiffre circule depuis les années 1980 sans source fiable. Une étude de Churches et al. (2014) estime au contraire que le couvert arboré concerne environ un tiers du territoire, en incluant l’agroforesterie et les forêts dégradées.

Il faut toutefois distinguer : la forêt primaire, c’est-à-dire la forêt naturelle peu touchée par l’homme, représente moins de 1 % du pays. C’est elle qui abrite l’essentiel de la biodiversité, et c’est elle qu’il faut protéger en priorité.

Le charbon, seul coupable ?

Les historiens et chercheurs rappellent que la déforestation haïtienne a des causes anciennes et multiples : plantations coloniales, exportation de bois précieux pour payer la dette de l’indépendance, défrichements agricoles au XXe siècle. Le charbon s’ajoute à ces pressions, mais le fait que la production reste élevée alors qu’un tiers du territoire est arboré suggère qu’une partie du charbon provient de ressources qui se renouvellent.

Une filière qui fait vivre des milliers de familles

Selon la Banque mondiale, le charbon est la deuxième chaîne de valeur agricole du pays, après la mangue. Il fait vivre des producteurs, des transporteurs et des marchandes dans tout le pays. Pour les experts, la solution passe moins par l’interdiction que par une gestion durable : boisés locaux, agroforesterie, foyers améliorés qui consomment moins, et alternatives comme le gaz de cuisine.

Sources : Banque mondiale, « A National Assessment of Charcoal Production and Consumption Trends » (2018) ; Churches et al. (2014) ; A. Tarter, via La Vie des idées.

Abonnement gratuit

Recevez Le Rapporteur dans votre boîte mail

Nos nouveaux articles et magazines par e-mail. Gratuit pendant le lancement, sans mot de passe.

Désabonnement possible à tout moment. Nous ne partageons jamais votre e-mail. Confidentialité

© 2026 Le Rapporteur. Tous droits réservés. Toute reproduction sans autorisation est interdite. Les courtes citations sont autorisées avec un lien vers l'article original.